Suivi des glaciers du périmètre Garon’Amont : publication du premier bilan annuel

Photos du Glacier d’Aneto, plus grand glacier des Pyrénées, 1894 (M. Gourdon) et 2024 (P. René) montrant la disparition du glacier
Photos du Glacier d’Aneto, plus grand glacier des Pyrénées, 1894 (M. Gourdon) et 2024 (P. René) montrant la disparition du glacier

Le premier rapport « Observatoire des glaciers du périmètre Garon’Amont » est en ligne !

Le premier rapport « Observatoire des glaciers du périmètre Garon’Amont » vient d’être mis en ligne sur le site Garon’Amont. Cette publication s’inscrit dans le cadre de l’action D15-Observatoire des Glaciers Pyrénéens, approuvée par l’instance de concertation du PTGA en juin dernier. Elle est le fruit du nouveau partenariat entre l’Association Moraine et le Conseil départemental de la Haute-Garonne. L’occasion de poser 4 questions à Pierre René, président de l’association Moraine…

Entretien avec Pierre René, président de l’association Moraine

Pouvez-vous tout d’abord vous présenter et préciser en quoi consiste l’association Pyrénéenne de Glaciologie « Moraine » ? 

J’ai découvert les glaciers et la glaciologie lors de mes études universitaires en Savoie (1997-1999). Une passion est née pour ces « créatures vivantes » autant puissantes (agents d’érosion) que fragiles (vulnérables au réchauffement). Originaire des Pyrénées, je me suis rapidement rendu compte que les glaciers pyrénéens étaient alors délaissés d’observations systématiques

En 2001, je crée l’association Moraine pour combler cette lacune. C’est un observatoire des glaciers des Pyrénées françaises. Il bénéficie de collaborations techniques avec les glaciologues alpins et espagnols, ainsi que de soutiens financiers du Parc National des Pyrénées et de collectivités locales (CD 65, CD31, CD09 et CR Occitanie). 

Quel est l’intérêt de suivre les glaciers pyrénéens  ? 

À l’échelle mondiale, les enjeux sont importants mais dans le contexte pyrénéen, l’impact sur le cycle de l’eau est négligeable comparativement à la diminution de l’enneigement qui accélère l’entrée en étiage
Finalement, l’observation des glaciers pyrénéens présente un intérêt important pour documenter l’impact du changement climatique en cours. Leur sensibilité est telle que depuis 2000, le réchauffement pyrénéen de +0,8°C s’est traduit par une perte de surface englacée de 66%. 
C’est également un vecteur fort pour sensibiliser sur le changement climatique : des photos sont parfois bien plus « percutantes » que des discours ou des tableaux… 

En quelques mots, quel est « l’état de santé » des glaciers pyrénéens ? 

« L’état de santé » des glaciers pyrénéens est celui de patients en soins palliatifs ! À cause de l’augmentation globale des températures, ces glaciers ne parviennent plus à conserver la neige de l’hiver, durant l’été. Leur unique « nourriture » fait défaut. Ils diminuent quasiment chaque année et certains disparaissent…

  • En 2000, l’ensemble des Pyrénées comptait 44 glaciers représentant 5 km² de superficie.
  • En 2023, on ne comptabilisait plus que 17 glaciers pour 1,7 km². C’est en moyenne plus d’un glacier par an qui est rayé de la liste, comme ceux du Portillon d’Oô et du Boum dans le Luchonnais.
  • Les derniers glaciers sont en voie de disparition à court terme. Selon une étude des glaciologues espagnols, il leur reste une dizaine d’années d’existence !

Que peut-on faire face à ce déclin, y-a-t-il une solution ? 

Ce déclin est inéluctable car il est la conséquence du réchauffement global dont l’inertie est grande. Face à ce constat, il reste à poursuivre leur documentation année après année. Mais, en parallèle de cette approche scientifique « froide », des actions sensibles favorisent une prise de conscience sur le bouleversement climatique en cours. 
Ainsi, « 2025, année internationale de la préservation des glaciers » décrétée par l’UNESCO et l’OMM (Organisation Météorologique Mondiale) a eu de nombreux retentissements dans les Pyrénées (conférences, projections, expositions, sorties…).

Dans le Luchonnais, des évènements marquants ont eu lieu comme

  • les funérailles du glacier du Boum (14 septembre 2025), voir illustration)
  • la création du premier espace protégé français dédié aux glaciers : Arrêté de Protection des Habitats Naturels « Ecosystèmes glaciaires Haut-Garonnais » du 23 décembre 2025.
  • Sur le versant pédagogique également, un ouvrage a été publié : RENE P., 2025, Glaciers des Pyrénées, 25 ans d’explorations et de mesures, Editions Le Bord de l’Eau, 160p. 
Hommage festif au glacier du Boum (massif du Luchonnais) organisé le 14 septembre 2025 par l’association Moraine (photo Olivier MARTEL)